REFLEXION DU 12 MAI

Quiétude et anxiété…

Manade Nicollin

Des biòu, des biòu, voulen di biòu s’écrie le peuple Camarguais en ce mois de mai qui pour l’instant n’a eu à assouvir sa passion que le 1er mars à Aimargues avec le passage de 8 taureaux d’zbrivado lors de la 30e journée Fanfonne Guillierme. La course quant à elle, avait été annulée suite à un « mouvement de grève des raseteurs ».

Voilà un peu plus de deux mois que la saison aurait dû débuter. Mais hélas, sans vouloir faire une révélation, l’épidémie sanitaire est venue frapper notre pays et par voie de conséquence notre Région. Le regroupement de plusieurs personnes, après avoir été déconseillé puis interdit, est devenu impossible avec la mise en confinement du pays. Et la course camarguaise n’y a pas failli. Mais elle n’est pas la seule. Toutes les compétitions sportives sont arrêtées (foot,rRugby ….).

Certains diront, et disent d’ailleurs, je cite « voilà la conséquence d’avoir voulu à une certaine époque être rattachés au Ministère des Sports »  Une chose est claire, ce n’est pas faire du sport qui a été interdit  mais tout simplement le regroupement des personnes (sportifs, spectateurs ou simples promeneurs) en un même lieu.

Pourrait-on demain imaginer une course de biòu où les raseteurs se tiendraient à un mètre l’un de l’autre, les gardians pareillement ainsi que les spectateurs sur les gradins… Impossible. Le huis-clos n’étant même pas imaginable. Qu’en serait l’intérêt de faire une course de taureaux sans spectateurs sur les gradins…

Manade Guillierme

Si la quiétude plane sur les paysages camarguais,  sur les pistes de Provence et de Languedoc, elle est loin de régner dans la tête des éleveurs pour qui c’est l’anxiété au quotidien. Pas de taureaux à faire courir même si le travail au sein de l’élevage ne s’est pas arrêté net.. Certains se sont tournés vers des filières parallèles pour faire rentrer de la trésorerie et parvenir à maintenir la tête hors de l’eau, d’autres se débouillent, comme ils peuvent.

Rencontré en ce deuxième jour de déconfinement au détour d’un chemin entre deux pâtures, Guillaume Granchi, gardian à la Manade Nicollin, le regard attristé, regarde ses taureaux jeunes, ses taureaux neufs qui arpentent les clos du Mas d’Anglas. Nous en avons profité pour discuter un court instant (en respectant les barrières de sécurité). Un court instant durant lequel les soucis de tout éleveur ont vite pris le dessus sur les trophées, les titres remportés (aussi beaux soient-ils). « Ça va être compliqué à gérer », dit-il d’une voix calme et soucieuse. « Il y  a  les taureaux, les taureaux neufs de l’année qui ne vont pas courir et dont nous devrons attendre la saison prochaine pour voir à défaut de s’en séparer sans avoir été vu ». Mais pour Guillaume, le problème est plus grave  pour « certains taureaux jeunes, de 6, 7 ans, pour qui la mise au travail arrive tardivement au gré des courses, des saisons, en canalisant leur énergie dans la bataille plutôt qu’en contre piste. C’est pour cela que ça va être compliqué. 18 mois sans courir ! ».

Des réflexions comme celles de Guillaume, c’est quasi l’ensemble des éleveurs de taureaux, qu’ils soient de race camarguaise ou ibérique, qui doit se la poser. Alors que faire ou ne pas faire ? Tenter ou ne pas tenter ? Personne n’a la réponse.

Avec la ré-ouverture prochaine du sanctuaire de Lourdes, il ne reste plus qu’à prendre notre bâton de pèlerin et aller prier, pour que cette situation s’améliore très rapidement, que raseteurs, taureaux, manadiers et spectateurs reprennent le chemin des arènes et que l’économie gravitant autour de « notre Bouvine » reparte de plus belle ! Adessias !

Cyril Daniel
texte et photos

Manade Vinuesa.