MATHIS DE LA MANADE LAUTIER

Pour n’en rien oublier

Le cocardier avait offert le titre de Biòu d’Or à la manade Lautier, en 2006. Il s’est éteint début février.

Mathis en 2006 au Grau-du-Roi

C’était en 2006 mais les spectateurs s’en souviennent comme si c’était hier. Le 9 juillet, à Lunel, pour le Trophée du Muscat, une bombe sortait du toril. Son nom Mathis. Sa devise « Noir, rouge, jaune ». Sa manade, Lautier. Pour les spectateurs assidus de Montfrin, en 2005, déjà, Mathis avait fait parler la poudre, et sa sortie le 19 septembre au Grau-du-Roi, pour la 1re fois aux As (7e), avait alerté les connaisseurs.

Pourtant, ses propriétaires hésitaient encore à croire en lui. « Fantasque, irrégulier, sauteur, cavaleur… mais à chaque fois, il montrait un peu quelque chose, assez pour sauver sa tête, disait Frédéric à l’époque, Mathis c’est le taureau de la patience ». Et de la consécration. A 8 ans, le N.812 offrait en octobre de la même année, le Biòu d’Or à Janine, Bernard et toute la famille Lautier pour les 44 ans d’existence de la manade.

Cette année-là et les suivantes, Mathis enflammera les pistes : alliant ses qualités de cocardier avisé dans le placement, redoutable dans les anticipations et meurtrièrement explosif aux planches. Les Villard, Allouani, Outarka, Gleize, A. Benafitou, Poujol… ont eu, avec lui bien du fil à retordre, et bien des après-midi de gloire à partager.

En 2007, à Palavas,

Notamment cette course entrée dans la légende, à Palavas le 6 mai 2007. Arènes archi-combles pour un mano à mano dantesque. Benjamin Villard et Sabri Allouani se jouant la vie devant le fauve déchaîné et intraitable. Bonheur total !

Après quatre finales du Trophée des As (2006, 2007, 2009, 2010), d’innombrables trophées en 6 ans de pistes au plus haut niveau, Mathis fut présenté une dernière fois à Châteaurenard en septembre 2012, avant de regagner définitivement le Mas Reboul.

Petit à petit l’âge a eu raison du terrible combattant qui, à 21 ans, s’est éteint début février. « Il est resté avec les cocardiers le plus longtemps possible, puis quand il a commencé à décliner, on l’a mis avec deux vaches près du mas.Il a eu une douce retraite, méritée, après une très grande carrière, confie Frédéric Lautier. Avec le recul, je mesure encore plus ce que Mathis nous a apporté. Ce fut un très grand taureau qui a marqué notre famille et la course camarguaise ».

Adessias Mathis, tu as porté les couleurs des Lautier jusqu’à la plus haute distinction, tes frères d’élevage suivent la draille tracée, jalonnée de multiples récompenses.

Gardant en référence Bernard, parti en 2014, et Janine, la manade arlésienne – sous la houlette de Frédéric, ses sœurs, et leurs enfants – garde ses fondamentaux, travail, sérieux et simplicité. Avec une cinquantaine de cocardiers qui courent en course camarguaise, il faut reconnaître que cela leur réussit plutôt bien.

MARTINE ALIAGA
Photos CHRISTIAN ITIER
Photo de tête : Mathis et Benjamin Villard au Grau-du-Roi

LUNEL, 9 juillet 2006, Mathis s’envoie sur Outarka et lui coince la cheville.

Mathis le grand bonheur pour Bernard et Janine Lautier

NIMES FINALE DES AS 2006 : Bernard et Janine Lautier reçoivent le Biòu d’Or pour Mathis.