MANADE RAYNAUD

Un après-midi au Grand Radeau

Suivez la flèche…

Samedi dernier, rendez-vous était donné non loin de l’embouchure du petit Rhône, à deux pas de la plage du Grand Radeau, chez la famille Raynaud pour le rassemblement annuel des amis pour le traditionnel bistournage.  Avant de rentrer dans la cours du Mas, souillée de bois flotté, de branchages et au sol encore humide laissé par les tumultes de la mer qui venait de se retirer dans les vingt-quatre heures précédentes, sur la gauche, des biòu. Quoi de plus normal puisque nous sommes sur leurs terres ?

Ratis

Mais parmi eux, Ratis, tout majestueux, comme au jour de son élection de Biòu d’Or en 2013,  n’hésite pas à se faire contempler. Encore quelques mètres et voilà, nous y sommes. Déjà un peu de monde commence à se rassembler  malgré la concurrence (rassemblement pour les traditions en Arles ou réception chez les confrères) sous la tonnelle autour d’un café.

Les patriarches, Jean, Marcel et son épouse Maguy, sont là, tout comme Frédéric et la new génération, Aude et Aurélie à accueillir leurs amis, échanger quelques mots au point que très vite, on se sent comme chez soi.

Soudain, une voix s’élève. « Allé zou, on y va ! ». C’est Frédéric qui invite à regagner le bouvaou, tout proche, juste après avoir salué Régisseur (Biòu d’Or 1957) qui repose en terre sainte et dont la stèle rappelle le souvenir.

Bistournage.

Là, dans le camion, huit ternens, attendent en toute quiétude. Si certaines manades pratiquent aujourd’hui par opération (le taureau se remettrait plus facilement paraît-il), à la manade Raynaud, c’est par l’épreuve de la pince que la castration se déroule. S’ils savaient quel sort ils vont subir ? Mais bon, pas le choix pour les éleveurs qui ne peuvent pas garder pléiade de taü. Des taü parfois pas facile à manipuler à cheval,  pas «toujours catholique » entre eux et dont tous, si les éleveurs veulent faire de la sélection, ne doivent  pas procréer.
Les filles à la gestion sur le camion, Frédéric à la direction du groupe de téméraires en piste pour immobiliser le biòu tout pimpant. Les doyens, quant à eux, toujours dans les parages, avec un œil qui se détournent par moment vers le bouvaou, papotent aux uns, aux autres du passé, du temps présent, mais toujours de biòu, le travail se déroule sans fausse note.

L’heure passe, de gros nuages gris, en provenance de mer tout en  laissant échapper par bribes un rayon de soleil envahissent le ciel. Les jeunes taureaux, un après les autres, sont relâchés, via les grands espaces, aux portes de l’hiver, tout proche. Un, deux, trois, quatre …. En voilà le 8e qui file vers la liberté.

Voilà, le travail  fini, les jeunes tau, devenus biòu disparaissent dans les enganes et entre les tamaris, tandis que la collation, préparée par la gent féminine Rouge des Bleu, drivée par Maguy, attend les invités dans la salle emplie d’un nombre incalculable de trophées.

Le Grand Radeau tombe dans la pénombre de la nuit. Au loin, un vol de flamant regagne les étangs alors qu’en tendant l’oreille, le bruit assourdissant des vagues, parmi les meuglements des taureaux laisse présager une météo agitée pour le lendemain avec « de la pluie pour rincer les herbages du sel déposé sur les herbages au départ de la mer ».

C’est ça le Grand Radeau, c’est ça la vie quotidienne de cette famille emblématique des Raynaud !

CYRIL
Texte et photos