LANDIÉ DE LA MANADE NICOLLIN : Biòu d’Or 2019

Entretien avec Olivier Nicollin

“Fier de Landié et très heureux pour la manade"

15 ans après Virat, Landié est élu Biòu d’Or en Arles

Entrée en piste.

Au matin de la finale du 68e Trophée Midi Libre -La Provence – FFCC, dimanche dernier, en Arles, la manade Nicollin a remporté le Biòu d’Or pour son cocardier Landié. Olivier Nicollin, fils aîné de Louis, directeur général – entre autres – de la Sté Méditerranéenne de Nettoiement et de la SCEA du Mas de Saint-Gabriel qui gère l’élevage, nous a reçus au Mas d’Anglas au Cailar. Là, à l’abri des vieilles pierres et avec vue sur les taureaux, le musée dédié à l’histoire de la devise « rouge et vert » déploie ses trésors. Souvenirs rassemblés depuis 1851, via Boissier, Combet, Granon, Delbosc, Lafont, et depuis 1997, Nicollin. Un symbole fort que ce lieu chargé d’histoire, voulu par Louis Nicollin et perpétué par la famille.

Où étiez-vous dimanche dernier en fin de matinée ?

J’étais sur la route pour Arles, branché en direct, pendant l’élection du Biòu d’Or avec Jeoffrey (Barbeyrac). 8 voix à 8, 9 – 9, égalité et on revote ensuite… C’était chaud !

Qu’avez-vous ressenti en gagnant le titre ?

L’émotion elle est double. Une énorme pensée pour mon père. Il a chambré Joeffrey pendant 15 ans en disant « Comment ça se fait qu’on n’ait pas de bon taureau ». En fait c’est toute notre histoire dans les taureaux, il y avait donc l’émotion par rapport à lui. Une première émotion assez égoïste. Puis par rapport à Jeoffrey aussi, c’est une récompense magnifique de son travail, pareil pour Guillaume Granchi (gardian professionnel), pour les amateurs de la manade… C’est très satisfaisant. Et surtout, ça prouve qu’on a eu raison de continuer, de s’entêter, de perpétuer, avec cette manière qui nous est propre. On a dans les mains, le flambeau d’une grande manade, cette récompense prouve que le travail qui est fait au quotidien depuis plus de 20 ans, c’est pas de la poudre jetée aux yeux des gens. C’est un vrai travail de manadier, de la protection et le soutien de nos traditions. J’étais donc doublement heureux, pour la famille et vis-à-vis du regard des gens.

Notez bien qu’il n’y a pas d’esprit de revanche, ni de rancune. On fait notre bonhomme de chemin comme on entend le faire. Le Biòu d’Or veut dire qu’on doit pas trop mal faire notre travail.

Comment avez-vous vécu la finale ?

Rentrer dans les arènes pleines ça allait, Jean-Baptiste (Jalabert, matador et organisateur en Arles) m’a tapé sur l’épaule pour me dire « Allez bon courage ! ». Je lui ai dit « Là c’est de la rigolade pas comme toi quand tu toréais ». Et quand on a gagné c’est encore plus facile. Mais l’ensemble de la finale était un très beau spectacle.

Lors d’une précédente rencontre (en novembre 2017) vous lanciez une boutade « Landié, je luis souhaite une carrière aussi grande que ce qu’il est laid…» C’était prémonitoire ?

Landié, il a changé en deux ans. A 6 ans, il était disproportionné, sa tête semblait énorme par rapport à son corps. Aujourd’hui, il s’est rempli, il grossit, il s’étoffe, il devient de plus en plus joli. Il est précoce comme Mbappé, il a zappé la case espoir.Il est passé des Ligues aux As. Et quelle méchanceté ! On nous disait que nos taureaux n’étaient pas assez méchants. Alors on en a sorti un qui est bien vénère, comme le tau d’ailleurs (Belori)… On fait un triplé historique cette année avec Beretta, Cocardière d’Or, Belori Tau d’Or.

L’avenir de l’élevage ?

En face de nous, nous avons des animaux sauvages, et Jeoffrey et Guillaume savent combien c’est difficile de savoir comment ça va se passer dans leur tête. On n’a pas de certitude. Je veux garder un bel élevage. On porte un nom qui suit d’autres noms qui sont des grands de la Camargue. Si on peut y rajouter le nôtre en ayant de belles bêtes en pleine santé, en s’en occupant du mieux possible… On a envie que cette manade perdure. On a la chance de pouvoir l’entretenir dans les meilleures conditions possibles, donc on va continuer à le faire. Que ça plaise à tout le monde ou pas… Pour revenir à la finale, il y a eu une belle standing ovation à la fin… Vous avez bien perçu que j’en suis très heureux et très fier !

Propos recueillis
par Martine Aliaga
Photos MALI

Je m’appelle Landié de la manade Nicollin

Quatre jours après Arles, Landié se remet de son “combat" dans les prés du Mas d’Anglas au Cailar.

Avec un comportement aussi agressif, rageur et barricadier – la vaillance et le classicisme étant pour le grand public l’apanage des taureaux de la lignée « rouge et vert » -, le Biòu d’Or 2019 détonne. Jeoffrey Barbeyrac, en charge de l’élevage, explique : « On a la chance et l’opportunité d’avoir deux sangs historiques, Lafont et Laurent (par Cuillé). 0n a donc travaillé sur les deux sangs bien distincts. Plutôt que d’avoir beaucoup (700 bêtes), comme à une époque, là on est revenu à des chiffres plus raisonnables (350). On a plus de temps pour tester les taureaux. On a gardé les meilleurs. Mais ce n’est pas parce qu’on va croiser Beretta (Cocardière d’Or 2019) et Belori (Taù d’Or 2019) qu’on va avoir un Biòu d’Or ».

Alors quelle lignée a engendré Landié. C’est le dernier d’une génération, c’est le dernier veau de sa mère Zorelie, famille à Sarghaon. Landié, il a pris de son père, lignée d’Etourneau (frère de Virat, qui s’est tué à Saint-Christol, à 6 ans). Il a juste une sœur. Quant à son nom, Landié, c’est – en provençal – un grand chenet de cuisine qui sert de support pour les broches. Il le doit aussi à sa lignée.

Landié s’est révélé dès l’âge de 4 ans à ses premières Ligues, et une course à l’Avenir à Beauvoisin le 24 août 2014. 2015, Ligues à Aimargues, Aigues-Vives et il se blesse au sabot à Sommières. Repos total jusqu’à 2016, où l’organisateur du Grau-du-Roi demande un taureau pour finir la grande course du 15 août (Trophée des As). Nous avons parié sur lui, il a été fantastique… Il avait 6 ans. C’est parti de là !

On imagine bien que la saison 2020 est déjà calée ou à peu près. Il y a de bonnes chances de voir Landié avec la Royale à Lunel (5 avril), Palavas (8 mai), puis, à confirmer, Le Grau-du-Roi, Châto… Mais prévient Jeoffrey : « On ne peut pas prévoir à Landié, six ou sept courses dans l’année. Avec le comportement qu’il a… autant pour préserver son physique que son moral… » Surveillé de près par Guillaume Granchi et Jeoffrey Barbeyrac, le combattant se remet petit à petit de sa course d’Arles dans les prés du Mas d’Anglas : « Aujourd’hui (jeudi) on sent qu’il est mieux », note Guillaume. L’occasion aussi de dire que Landié est sorti, cette année, trois fois 6e (à Lunel, Nîmes, Châteaurenard), 7e (hors points, au Grau-du-Roi) et 7e, dans les points, à la finale.

Juste pour préciser…

M. A.