FEDERATION DES MANADIERS : le point avec Florent Lupi

Les manades en grande souffrance

Florent Lupi, au centre, Bérenger Aubanel à gauche, Jeannot Lafon à droite. PH MALI

Zéro course camarguaise, abrivado, toro-piscine, journée en pays, agro-tourisme… Plus rien. Depuis mi-mars, les mesures sanitaires dues à l’épidémie du coronavirus a anéanti l’activité des manadiers.Le printemps signant habituellement la reprise du travail et des rentrées d’argent, aujourd’hui, les élevages, déjà en équilibre financier précaire, se trouvent en grande souffrance. Florent Lupi, président de la Fédération des manadiers (116 élevages de taureaux « Raço di biòu » (sur un total estimé de 140, dont 26 dans l’Hérault) fait le point.

Quel est l’état des manades aujourd’hui ?

Tout le monde est en grande difficulté. Depuis la mi mars nous sommes dans l’impossibilité d’exercer nos activités quelles qu’elles soient. Et aujourd’hui nous sommes parmi ceux qui sont encore bloqués. Avec les problèmes antérieurs liés à l’agriculture en général, à la viande et aux assurances, les manades sont exsangues. Depuis le début du confinement, la Fédération des manadiers se bat avec détermination pour la défense de la profession. Nous travaillons aux côtés des autres associations d’éleveurs (taureaux, toros, chevaux), du Livre généalogique de la Raço di biòu, de la Fédération française de la course camarguaise… Nous avons besoin de redémarrer et de revenir à la vie normale. La reprise se dessine doucement, côté piste avec des courses d’entraînement (taureaux jeunes). Côté accueil en manades, nous avons les mêmes obligations que l’hôtellerie et les restaurants avec les règles sanitaires à respecter. Pour les spectacles de rue, cela avance un peu notamment avec la Préfecture du Gard et des autres départements et les municipalités. C’est compliqué !

Les collectivités territoriales ont lancé des plans d’aide aux manades. Où en êtes-vous ?

Les 2 Régions sont mobilisées. L’Occitanie qui travaillait déjà sur un plan Camargue, a déclenché des aides d’urgences (2500€/mois aux manades de taureaux, 1000€ aux élevages de chevaux) qui seront touchés prochainement. La Région PACA a acté des montant analogues. Il y a aussi des initiatives de certaines communauté de communes, mairies. Avec les Départements aussi, les dialogues sont ouverts. Les Chambres d’Agriculture œuvrent également. La FDM et les associations d’éleveurs ont sollicité directement les mairies pour une contribution suite à l’annulation des festivités. Il y a aussi des initiatives individuelles et de la part de clubs taurins. En revanche, les assureurs n’ont pas tenu compte de l’arrêt des activités (donc des risques) et nous avons prochainement rendez-vous avec leur Fédération pour être exonérés de la RC correspondant aux activités taurines durant la période. Cela finit de plomber la trésorerie des manades.

Comment envisagez-vous l’avenir ?

Les manades ne récupéreront pas la perte de leurs activités agro-touristiques même si celles-ci sont reportées, tout comme celle de l’annulation des fêtes et ferias. Mais la reprise s’annonce, notamment après les propos récents du Préfet du Gard. La FDM se veut force de proposition pour le redémarrage par exemple de l’accueil du public en manade en accord avec la DDPP (direction départementale de la protection des populations) et en réseau avec les autres préfectures ; pour le retour des courses à tous les niveaux en travaillant avec la FFCC. Dès que possible, les manadiers attendent, en priorité, le public local pour renouer avec les traditionnelles journées si importantes pour notre identité culturelle. Pour se retrouver tous et partager l’authenticité des relations autour de nos taureaux.

Propos recueillis par Martine Aliaga

Photo MALI et VENTADOUR