FEDERATION DES MANADIERS : le point avec Bérenger Aubanel

Bérenger Aubanel, vice président de la FDM :
« Sauvons les biòu ! »

Le manadier Bérenger Aubanel.

La passion de la Camargue bout dans ses gênes. Arrière petit-fils du Marquis de Baroncelli, petit-fils d'Henri Aubanel et fils de Pierre, Bérenger Aubanel gère les deux élevages familiaux (avec son frère Réginald) et s'investit au service de la profession de manadier. A la flamboyance baroncellienne et « aubanellienne », il rajoute sa rigueur de gestionnaire. Avec force et conviction, il s'implique dans la défense des taureaux et des spectacles de tradition. Vice-président de la Fédération des manadiers, il est à la pointe du combat depuis le début du confinement. Actuellement, il pousse à la reprise avec de bons espoirs mais lance un cri d'alarme : « A partir de juillet, toutes les manades seront financièrement en zone noire. Il faut redémarrer pour sauver les biòu ».

Quelle est la situation actuelle des manades Aubanel-Baroncelli et Pierre Aubanel dont vous avez la charge ?

Nous avons 700 bêtes à surveiller. Et les frais qui vont avec puisque les taureaux ont les mêmes besoins qu'en d'autres temps. Aucune rentrée d'argent depuis mi mars. Les réceptions à la manade qui représentaient environ 30% de notre trésorerie, sont à 0, c'est une perte sèche. Les autres revenus que génèrent les courses, abrivado, spectacles de tradition sont également nuls. J'ai limité les frais au maximum, emprunté pour passer la période. Avec mon frère, nous pouvons tenir jusqu'à juillet maximum, après ce sera catastrophique pour nous comme pour nos confrères.

Vous êtes impliqué dans la défense de la profession depuis le début de la crise du Covid 19. Sur quels points avez-vous travaillé ?

Avec la FDM, la Fédération de la course camarguaise, la gendarmerie, etc., nous avons créé un groupe de travail. Au début, l'urgence a été d'autoriser les gardians amateurs, gardians pro et manadiers à pouvoir circuler pour les soins et transhumances des chevaux et taureaux. La gendarmerie d'Occitanie et ses gradés nous ont beaucoup aidés, en lien avec les autres autorités de la zone taurine et les préfectures. Actuellement, le groupe de travail va présenter un plan de reprise de l'accueil du public en manades avec toutes les mesures de sécurité sanitaire possible. C'est vital ! Tout autant que la reprise des fêtes sur lesquelles Didier Lauga, préfet du Gard, a ouvert des possibilités. Là aussi nous faisons, tous ensemble, des propositions.

L'Etat, les Régions, les collectivités territoriales ont lancé des aides aux entreprises et aux éleveurs de taureaux et chevaux, qui peut aussi vous épauler ?

Oui les aides déjà actées ont été super utiles mais ne suffiront pas dans la longueur. Nous en appelons aux mairies notamment celles qui ont annulé leurs festivités et dont les enveloppes financières déjà budgétisées pourraient servir la cause. Certaines l'ont déjà fait et de belle manière. Après, nous allons lancer par le biais des réseaux sociaux, un appel aux particuliers qui pourront participer soit à un fonds de solidarité général, ou à une manade plus précisément. Il y a déjà des aides qui arrivent directement et nous remercions les donateurs.

Le déconfinement petit à petit tend à un retour à la normale. Qu'attendez-vous ?

Nous attendons des mesures claires. Du concret ! La Camargue, ses traditions, son art de vivre, sont les étendards de notre Région. Comme le Puy du Fou – qui a réouvert – valorise l'image de la Vendée. Alors pourquoi pas nous ! Il faut que nous puissions accueillir le public en manade, il faut des spectacles de tradition dans les rues, il faut les fêtes, il faut les courses… En appliquant les gestes barrière et en appelant au bon sens des gens pour les respecter. Les taureaux sont indispensables. Que deviendra la Camargue sans ses taureaux ?

Y a t'il quelques côtés positifs ?

Oui, car nous travaillons tous de concert à la reprise et nous espérons fin juin des mesures moins restrictives. Oui car les taureaux au repos sont « bardés », soignés qu'ils sont et fin prêts eux aussi. Oui, car le fourrage est abondant cette année. Oui car nous sommes prêts pour des fêtes nouvelle formule. Oui car les gens de bouvine sont dans les starting-blocks. Redémarrer, il le faut !

Propos recueillis
par Martine Aliaga