DAMIEN MOUTET

Fin de carrière d'un raseteur de valeur (s)

Le Fosséen devait finir en beauté avec son jubilé, les blessures le contraignent à annuler.

Vaincu par une dernière blessure, le raseteur Damien Moutet ne peut assurer son jubilé prévu le 16 novembre à Port Saint-Louis-du-Rhône. A l’heure de ranger sa tenue blanche, à 35 ans bientôt, le droitier fosséen revient sur sa carrière. Un regard exigeant sur ce que doit être un raseteur, un regard bleu tendre quand il se pose sur Ivy et June ses filles, un regard « blues » comme autant de bleus à l’âme que de cicatrices au corps.

Touchés par le post que le raseteur mettait sur son compte facebook regrettant cette fin taurine écourtée, les afeciouna lui ont répondu, comme aux arènes, par des félicitations, des encouragements et beaucoup d’amitié. Ils lui ont ouvert la grande porte, celle de leur cœur pour sa passion partagée, son implication devant les taureaux, son respect en toutes circonstances et pleins de moments où il a “tiré les courses vers le haut”. Un garçon de caractère, courageux jusqu’à la témérité, sévère avec lui-même (trop parfois) et plein de valeurs morales. Entretien.

Pourquoi avez-vous cette impression d’être entré et sorti par la petite porte de la course camarguaise ?

Je suis arrivé de nulle part (Fos-sur-Mer), à l’extrême limite de la zone taurine, j’ai pris un coup de corne en Ligue en 2004 et je termine à Montfrin également sur un coup de corne, après une carrière marquée par les blessures.

Raseter c’est une philosophie de vie, dites-vous… Quand on ne peut plus tout donner, il faut arrêter ?

Oui, c’est ça ! Je n’ai jamais levé beaucoup d’attributs mais j’ai fait briller les taureaux et transmis ma passion au public. Jusqu’au dernier jour, j’ai voulu raseter tous les taureaux et surtout les grands taureaux. Je me mets des objectifs, je calcule beaucoup… je réfléchis. J’ai vécu pour les taureaux avant tout. J’ai fait des choix toute ma carrière, par rapport à ma vie privée… Mes filles grandissent et je n’en profite pas assez… Le dernier gros coup de corne (5 avril 2019 à Port Saint-Louis), m’est arrivé juste avant les vacances d’avril où je devais prendre une semaine avec elles, et j’étais à l’hôpital. J’ai réfléchi, je me prive d’elles, à cause des accidents. Et puis j’ai mon boulot de docker (depuis 2011) c’est particulier, il faut être disponible… Quand tu es à fond sur les taureaux, tu peux pas te partager et faire autre chose…

On en vient à cette année 2019 compliquée, que s’est-il passé ?

Le 5 avril, blessure à Port-Saint-Louis, par un taureau jeune des Baumelles. 10 jours d’hosto, avec, entre autres, le duodénum sectionné… Je n’avais plus d’abdos, rien. Après deux mois de repos, je me suis réentraîné, je me suis fixé la Cocarde d’Or pour revenir, c’était mon objectif, ça m’a aidé… Mais j’ai vu de suite que je n’étais plus dans le coup, j’ai eu des séquelles tout le mois d’août. En septembre je recommence à prendre du plaisir, il me reste Montfrin le 29, la finale Honneur le 5 octobre et ce 27 octobre où Champolion m’inflige deux trajectoires, 15 et 17 cm, s’arrêtant à l’artère fémorale… Plus de jubilé…

Vous aviez préparé des remerciements en vu de votre jubilé ?

Oui, bien sûr, mes parents, la famille, côté piste Max Zaffaroni, les clubs taurins, les amis à qui je parle avant les courses comme Armand Pelissier, Daniel Gaza, Martial Moro, Icham Fadli… et plein d’autres.

Et l’après-course ?

J’ai le diplôme d’éducateur, je vais aider Max selon mon emploi du temps à l’école de raseteurs de Fos… J’aime beaucoup l’idée de transmettre, donner un cadre et des valeurs, comme Max nous a inculqué, à condition que les jeunes écoutent et respectent… Je n’ai pas encore envie de tourner, je ne vois pas de jeune raseteur assez impliqué, les jeunes ils sont compliqués…. Il n’y aurait que Joachim Cadenas qui m’intéresserait (rire), lui il a vraiment la passion, les taureaux c’est sa vie. Comme moi !

MARTINE ALIAGA
PHOTO HERVÉ BERNON

De Fos-sur-Mer à Montfrin :
des blessures certes mais aussi de belles satisfactions

De 2000 à 2019 C’est Mathieu Marquier, mon pote d’enfance qui m’a mené à l’école de raseteurs de Fos-sur-Mer, c’était Eric Cuallado qui, en 2000, s’en occupait. L’adrénaline face aux vaches m’a plu d’entrée puis Max Zaffaroni a pris l’école et j’ai profité de son enseignement. Je suis en Ligue à partir de mai 2003, puis 2004, ça marche bien.

2005, Trophée de l’Avenir, je finis 2e au Trophée derrière Auzolle. Belle année, en juillet et août, on rasetait pratiquement tous les jours, on se tire la bourre avec Loïc, je lui passe devant et après il reprend la tête pour une belle finale à Châto. 2006, 3e à l’Avenir avec une énorme finale à Lunel.

2007, Trophée des As, saison moyenne, problèmes musculaires. 2008, je prends un préparateur physique, je pense que c’est ma meilleure année, je cours à Beaucaire, Lunel, Fontvieille, 2e à la Cocarde d’or (derrière Matray), meilleur animateur de la finale du Trophée de la Mer, Pérols, Fos, Trophée Roger-Pascal à Beauvoisin, Mouriès et une belle finale des As à Nîmes. 2009, coup de corne par Valmont de Lautier, en début de saison. 2010-2011, c’est moyen. 2012, blessure au genou en début de saison aux Saintes, opération en mai, algodystrophie, complications pendant deux ans. 2013, je ne reviendrai pas au niveau, du coup en 2014, je passe au groupe 2. J’ai 30 ans, la naissance de June est un déclic, me booste, je reprends du plaisir à partir de juin pour dérouler, avec de bons passages, jusqu’en 2019 (lire ci-dessus) où d’entrée cet accident me met à mal, puis c’est la blessure à Montfrin.