Charroi des Olives : un nouveau départ

De nuit, une parenthèse enchanté

C’est un peu antinomique mais il y a des traditions… nouvelles. Comme celle instaurée depuis onze ans, par un groupe de gens du terroir de Saint-Geniès-des-Mourgues (Hérault). Curieux du mode de vie des arrière grands-parents – voire plus loin encore – ils ont décidé d’en retracer un des épisodes dictés par les saisons. A savoir la récolte des olives et leur trajet jusqu’au Moulin de Villevieille (Gard) via Sommières, réalisé de nuit pour ne pas perdre un jour de travail. Férus de chevaux pour la plupart, et d’attelages pour quelques-uns, ils ont décidé de reprendre le flambeau, de ressortir leurs charrettes, leurs costumes d’époque et d’attaquer aux premières heures du matin les 28 kilomètres les séparant de Villevieille. Ainsi naissait le 1er Charroi des Olives le 3 décembre 2007.

Cette année, le 12e Charroi des Olives prendra à nouveau la route le samedi 1er décembre, à 4 h du matin

MARTINE ALIAGA

Attelages et marcheurs sont attendus au départ de Saint-Geniès-des-Mourgues (près des arènes) à 3h30 précises. Départ impératif 4h.

Recommandations : s’habiller chaudement  bien sûr, vêtements foncés rappelant l’ancien temps. Se munir d’une petite lampe torche.

Itinéraire : Saint-Geniès, Saint-Christol, Boisseron, Sommières, Villevieille Moulin à huile. Déjeuner à Sommières (soupes, charcuterie, fromage, fougasse). Pour les marcheurs possibilité de retour Sommières – Saint-Geniès avec la navette mise à disposition par la mairie de Sommières. 17€ dont 2 € reversés au Téléthon. Renseignements : 06 36 55 82 03. Inscriptions déjeuner : 06 71 26 34 72

 

Le temps rythme le Charroi

Retrouver l’ancien temps. N’en garder qu’un temps, celui de la récolte d’olives. Prendre le temps d’atteler en charrettes d’époque. Et tailler la route de nuit au pas de chevaux de trait pour livrer le précieux chargement au moulin.
En ce temps de l’Avent, onze ou douze attelages refont chaque année début décembre le périple des anciens. Le temps d’une nuit, affronter la rudesse des températures, s’habituer à l’obscurité juste trouée de loupiotes, humer les odeurs de cuir, de bois, l’oreille attentive aux sonnailles et grelots des harnachements, quand les conversations se font murmures.
Le petit voyage est maintenant bien rôdé. Et les convoyeurs savent en gérer tous les temps en savourant chaque étape : marcher dans les pas des chevaux pour alléger leur charge. S’arrêter à l’invite d’amis pour un café chaud autour d’un feu de bois et repartir dans la campagne endormie. Au pont, quand les robes des chevaux fument sous l’effort, les meneurs ne sont plus que silhouettes découpées dans le halo de lueurs pâles. Les marcheurs s’accrochent alors aux ridelles des charrettes pour garder le rythme, la fatigue se fait sentir, le froid est mordant malgré les capes et les grosses vestes.
Le temps passe lentement sous les frondaisons des derniers kilomètres, nuit totale, ça et là des chevaux dans leurs prés s’agitent au passage du curieux défilé de leurs congénères au travail. Des chiens aboient. Au petit matin, le ciel change à l’Est, les couleurs s’invitent. Là-bas, Sommières sort de la brume. Il y a quelques lumières aux fenêtres. Les sabots claquent sur le goudron du pont romain. Magie de l’instant près des remparts sommiérois, les images du début du siècle dernier s’imposent. Le charroi a remonté le temps.
Le Moulin fourmille le temps du déchargement. Un à un, chaque attelage dépose son butin. Les voix sont fortes, les rires fusent. Il est temps de reprendre des forces.
Le temps du retour passera à vive allure, Légers, les chevaux boucleront le trajet en une bonne paire d’heures. A l’arrivée, rapidement libérés de leurs traits et soignés, ils retrouveront la liberté.
Il sera alors temps de savourer voire de ripailler. Et foi de charretier, cela prendra un certain temps.