BALADE A LA MANADE CYR

Du côté du Mas Saint-Jean à Lunel

A défaut de voir courir des biòu dans les arènes, c’est à la manade d’Alain Cyr sur les pâturages de Marsillargues et Lunel que je me suis rendu les visiter en une matinée plus que printanière.

Certains élevages devaient fêter au cours de cette saison 2020 leurs anniversaires – le 100e pour la Manade Fanfonne Guillierme, le 50e pour la Manade Cuillé ou encore le 20e pour la Manade Vinuesa en présentant dans les différents niveaux de compétition et diverses pistes d’Occitanie et de Provence, des courses complètes. C’était également le cas pour la devise « Fuschia, Jaune et Orange » qui s’apprête à présenter pour ses 20 ans, une course complète, prévue le 12 juillet dans les arènes de Lansargues à l’initiative du Comité des Fêtes. Hélas, la suite tout le monde la connaît. C’est encore l’interrogation. La course pour l’instant n’est pas annulée, même si très lucide, Alain n’y “espère plus trop et cette fin mai".
Ce dernier, médecin de profession, se veut pourtant plutôt optimiste sur le point épidémique, bien que très prudent, il reste inquiet en tant que manadier par les décisions (souvent prématurées) d’annulation de fêtes votives, de manifestations qui ne demandent pas une logistique complexe à l’image d’un Tour de France, l’Euro de Foot ou encore les JO. « Annuler des manifestations prévues en juillet et août pour une hypothétique deuxième vague me semble prématuré. Les manades subissent des préjudices économiques et tauromachiques (les taureaux ne progressent pas), les raseteurs subissent des préjudices financiers et sportifs, les organisateurs, toutes catégories concernées, le public, et tout ce qui gravite autour du taureau mettent leur passion entre parenthèses. Prenons nos responsabilités, sauvons ce qui peut l’être, ne soyons pas frileux mais soyons prudents et optimistes ».

Mais, revenons à aujourd’hui, pour la seconde étape du déconfinement (le 2 juin).

La course camarguaise devient désormais possible, en nombre limité et avec des règles bien drastiques : seules les courses avec les élèves d’écoles de raseteurs et stagiaires sont possibles avec un nombre de participants défini, porteurs du masque, le tout sans contact entre eux et sans vestiaires…. C’est à huis clos que cela se tiendra… Les hommes pourront ainsi entretenir leur forme physique et les éleveurs se faire un aperçu sur les savoir-faire des pensionnaires menés en piste. Enfin !

Visite de l’élevage

Un bel exemplaire le N.610.

Profitant donc de cette belle matinée, la visite se poursuit en compagnie d’Alain et son fils Etienne, passionnés autant l’un que l’autre par leur travail d’éleveur,. Si les « védéliaires » pâturent tout près du Mas Saint-Jean en compagnie d’un joli étalon aux origines non négligeables, les autres plus jeunes ou non mises à l’étalon arpentent l’autre côté du chemin, sous le regard bienveillant de la vétérante Hacienda.

Pour les taureaux jeunes, neufs et cocardiers, il faut emprunter la route qui mène de Lunel à La Grande Motte, pour ensuite pénétrer dans ce lieu, bien connu des Marsillarguois et dénommé La Palus. Dans le premier clos, les entiers neufs cornes pointées vers le ciel nous regardent approcher. « Qu’ils sont beaux! ».  Pas ou plutôt peu effarouchés, ils posent l’instant d’une photo, l’instant que le Pélot énonce leur descendance, « leurs papiers », comme il dit. De quoi rester pantois à l’écoute de la généalogie dévoilée. Il n’y a rien d’étonnant de voir comme ils sont « tanqués ».

Le temps d’ouvrir un portail, et nous voilà dans le second clos. Les trois anoubles mâles de l’an dernier côtoient les taureaux de ligue, les taureaux jeunes porteurs d’espoirs et les cocardiers dans cet immense pâturage, jonché d’herbe. Très vite, on peut reconnaître le redoutable Laos et les Lazare, Madras, l’aîné Wagram. A leurs côtés, la révélation de l’an dernier Nikita (n°005)  et les tous derniers en liste, Préfet (n°210) et Sacha (n°410). Des biòu qui devraient faire parler de la famille Cyr dans les jours à venir, enfin quand la reprise de l’activité sera  permise.

Le calme des espaces, de la nature, le beuglement des taureaux nous en feraient oublier l’heure .. Oups, il commence à se faire tard, regagnons le Mas Saint Jean pour se rafraichir le gosier sous la toute nouvelle « loupio » améliorée aux abords du bouvaou.

Merci à Alain et Etienne pour ce moment de convivialité à la visite aux biòu de la devise « Fuschia, Jaune et Orange ».

Texte et photos
Cyril Daniel

Lazare et Laos.